très interessant pour le control

Le modèles de HAYES et FLOWER

La production écrite a donné lieu à de nombreuses recherches et investigations. Plusieurs auteurs (par exemples ELLIS, 1988; MARGOLIN, 1984; DE BEAUGRANDE, 1984; MARTLEW, 1983; VAN GALEN, 1991; DELL, 1988; HARLEY, 1984; HOLYOAK, 1991; GARRETT, 1988; LEVELT, 1992; HAYES & FLOWER, 1980) ont ainsi travaillé au développement ou à l'affinement de modèles de production textuelle susceptibles d'expliquer les mécanismes en jeu lors de l'écriture d'un texte (voir ZESIGER, 1995) pour une revue plus complète). Selon FAYOL (1997), ces modèles reposent sur des conceptions différentes d'une part :

"les modèles à orientation modulariste s'appuient essentiellement sur les conceptions issues des recherches linguistiques. (…) Ils prennent également argument des données recueillies en neuropsychologie cognitive. D'autre part, plus récemment, sont apparus des modèles dits connexionnistes (…). Ceux-ci conçoivent la production verbale (…) comme résultant d'interactions plus ou moins contraintes entre des unités sub-symboliques et font une moindre part aux aspects séquentiels du traitement." (p. 59).

Notre but ici, n'est pas de faire une revue exhaustive de tous ces modèles. Nous allons nous centrer sur celui de HAYES & FLOWER parce qu'il propose une orientation plus appliquée et à nos yeux plus opératoire.

 

Le modèle de HAYES & FLOWER (1980)

Le modèle de HAYES et FLOWER (1980) sert de point de référence à de nombreux travaux. Ces auteurs se sont basés sur des expérimentations à partir de protocoles verbaux concomitants pour identifier les différents mécanismes entrant dans la production écrite. Leurs buts principaux étaient d’identifier les processus rédactionnels, de déterminer l’origine des difficultés et de voir dans quelles conditions il était possible d’améliorer les productions. HAYES et FLOWER ont construit un modèle constitué de trois composantes : l’environnement de la tâche, les connaissances conceptuelles, situationnelles et rhétoriques stockées en mémoire à long terme, le processus de production écrite qui inclut les processus décrits plus haut à savoir la planification, la textualisation, la révision et le contrôle. La figure ci-dessous (fig. no 1) présente une vue schématique du modèle.

Figure no 1 : le modèle de HAYES et FLOWER

 

  1.  
    1. L’environnement de la tâche comprend toutes les caractéristiques liées à la tâche elle-même, c’est-à-dire les thématiques abordées, le destinataire, la motivation qu'elle suscite auprès du scripteur. Elle comprend également le texte déjà produit en ce sens que ce dernier devient, dès qu'il est créé, objet extérieur au processus lui-même.
    2. La mémoire à long terme qui regroupe, elle, toutes les connaissances déclaratives et procédurales du sujet (le lexique, les règles de grammaire et d'orthographe…), les métaconnaissances susceptibles d'intervenir dans le contexte de la tâche (du type "Je sais que je suis faible en orthographe donc il faut que je me relise attentivement"…), des plans d'écriture (comment faire une dissertation, une description ou un texte argumentatif…) et finalement tous les souvenirs d'expériences antérieures qui peuvent être réactualisés ou dans lesquels le sujet peut trouver un intérêt à puiser de l'information.
    3. Le processus d'écriture (qui se charge en mémoire de travail) qui comprend les quatre processus décrits précédemment à savoir la planification, la textualisation, la révision et le contrôle.

    Selon HAYES et FLOWER, il n'y a pas à proprement parler de hiérarchisation des opérations ou des processus. Ces derniers peuvent à tout moment passer au "premier plan" cognitif ou être imbriqués les uns dans les autres. Nous traitons de ces aspects dans la partie consacrée à la gestion de la charge cognitive lors du travail d'écriture [voir ce lien] car il semble que cette dimension joue un rôle fondamental dans la réussite d'une activité écrite.

    Ce modèle a le mérite de mettre clairement en lumière les processus cognitifs qui interviennent dans la production écrite, il a cependant été critiqué par plusieurs auteurs qui reprochaient à HAYES et FLOWER de ne pas tenir assez compte des dimensions affectives et sociales de la rédaction de textes (BRAND, 1989; NYSTRAND, 1989). Ces remarques ont été intégrées dans les travaux plus récents de HAYES (1996).

 

Conclusion

L'activité d'écriture a été largement étudiée et une grande partie des auteurs traitant du sujet s'appuient sur le modèle de Hayes & Flower pour en expliquer le fonctionnement. Ces auteurs ont mis en évidence les différentes étapes du processus d'écriture et les différents mécanismes qui interagissent constamment entre eux.

 

Références

DE BEAUGRANDE, R. (1984). Text production : toward a science of composition. Norwood, NJ: Ablex.

BRAND, A. G. (1989). The psychology of writing : the affective experience. New York: Greendwood Press.

DELL, G. S. (1988). The retrieval of phonological forms in production : tests of predictions from a connectionist model. Journal of memory and language, 27, 124-142.

ELLIS, A. W. (1988). Normal writing processes and peripheral acquired dysgraphias. Language and Cognitive Processes, 3, 99-127.

GARRETT, M. F. (1988). Processes in language production. In J. F. J. NEWMAYER (Ed.), Language : psychological and biological aspects, vol. 3. Cambridge: Cambridge University Press.

HARLEY, T. A. (1984). A critique of top-down independent levels of speech production : Evidence form non-plan-internal speech errors. Cognitive Science, 8, 191-219.

HAYES, J. R., & FLOWER, L. S. (1980). Identifying the organization of writing processes. In L. W. GREGG & E. R. STEINBERG (Eds.), Cognitive processes in writing . Hillsdale, NJ: Lawrence Erlbaum.

HOLYOAK, K. J. (1991). Symbolic connectionism : oward thord generation theories of expertise. In K. A. ERICSSON & J. SMITH (Eds.), Toward a general theory of expertise. Cambridge, CA: Cambridge University Press.

LEVELT, W. J. M. (1992). Accessing word in speech production : stages, processes and representations. Cognition, 42, 1-22.

MARGOLIN, D. I. (1984). The neuropsychology of writing and spelling : semantic, phonological, motor and perceptual processes. The Quarterly Journal of Experimental Psychology, 36a, 459-489.

MARTLEW, M. (1983). Problems and difficulties : cognitive and communicative aspects of writing. In M. MARTLEW (Ed.), The psychology pf writen language. New York: Wiley & Sons.

NYSTRAND, M. (1989). A social interactive model of writing. Written communication, 6, 66-85

VAN GALEN, G. P. (1991). Handwriting : issues for a psychomotor theory. Human Movement Science, 10, 165-191.

ZESIGER, P. (1995). Ecrire. Paris: PUF.